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L'indice du climat urbain

Fil rouge sur l'indice de climat urbain

Fil rouge : sur solutions solidaires, certains dossiers, concepts ou faits sont développés et analysés dans la durée, par un ou plusieurs acteurs en particulier ; ici, la Fondation Jean Jaurès sur l'indice de climat urbain.

 

Entre 2015 et 2018, Johanna Dagorn et Arnaud Alessandrin ont investigué quatre villes et leur agglomération en  Nouvelle Aquitaine (Bordeaux, Limoges, Angoulême, Poitiers), lors de recherches portant sur les déplacements urbains des femmes. A travers ces recherches, composées de questionnaires, d’entretiens et d’observations, ce sont les notions de sexisme, de harcèlement et discrimination qui ont également été travaillées. Toutes ces villes ont des caractéristiques différentes, qu’il s’agisse de la composition professionnelle des actives, du nombre d’étudiantes, de l’étendue des villes ou du nombre d’ainées. Autant d’éléments qui augmentent l’analyse du sexisme urbain à travers différents contextes. Ceci est d’autant plus vrai que les deux dernières villes observées l’ont été après les mouvements #metoo ou  #balancetonporc.

Au total, ces enquêtes montrent un certain nombre d’invariants. Du côté des témoins : 87% des témoins en moyenne ne font rien, et 9% participent aux événements sexistes (même si ceci semble légèrement fléchir après #metoo). Du côté des auteurs, ils sont plutôt jeunes lorsque le sexisme urbain épouse les contours d’interpellations sexistes, plus âgés en ce qui concerne les frotteurs dans les transports et les exhibitionnistes. Autre élément : si les auteurs sont généralement bien décrits par les victimes ou les témoins, les auteurs « racisés » sont quant à eux réduits à leurs caractéristiques ethniques. Ces enquêtes donnent donc à voir certains décalages entre les « expériences » et les « récits », par exemple autour des craintes nocturnes : si c’est la nuit que les femmes ont majoritairement peur, c’est le jour qu’il se passe le plus de choses ! Du côté des victimes, entre 74 et 87% d’entre elles disent avoir subi quelque chose de l’ordre du sexisme au cours des 12 derniers mois dans l’espace public, et il réside toujours environ 10% des femmes qui ont honte, qui se sentent sales après les agressions sexistes, verbales ou physiques, et ce, même après le mouvement #metoo.

Lors de la seconde ville enquêtée, Johanna Dagorn a développé un Indice de Climat Urbain, qui est une combinatoire statistique de trois réponses différentes à notre questionnaire : 1- évitez-vous des lieux de peur du sexisme ? 2- de 1 (pas bonne) à 10 (très bonne) comment noteriez-vus l’ambiance urbaine et 3- avez-vous subi du sexisme au cours des 12 derniers mois dans vos déplacements ? Cet Indice de Climat Urbain donne une orientation quant aux appréhensions urbaines des femmes. Si cet indice de climat urbain dépasse les 5/10 à Limoges et les 6/10 à Poitiers, il chute sous les 5/10 à Angoulême. Mais qu’est ce qui fait évoluer cet Indice de Climat Urbain ? Tout d’abord, l’éloignement à la ville et le temps passé dans les transports l’influence très nettement. À Angoulême par exemple, 42% des femmes qui passent plus d’une heure par jour dans les transports évitent des lieux dans la ville de peur du sexisme contre…. 18% de celles qui passent moins de 30 minutes par jour dans les transports. Plus la ville est loin, moins elle est familière. Moins elle est familière, plus elle est perçue et vécue comme agressive. Viennent se cumuler à cela les expériences discriminatoires : sans surprise, les personnes victimes de sexisme ou d’autres discriminations (racistes ou homophobes par exemple) ou injures dans l’espace public au cours des 12 derniers mois ont un Indice de Climat Urbain bien plus dégradé que les autres (4/10 contre 6/10). Deux autres éléments sont à prendre en considération : la Catégorie-Socioprofessionnelle et le motif du déplacement. À Poitiers par exemple, les ouvrières et employées sont 51% à se sentir stressées durant leurs déplacements contre…. 18% des femmes cadres ! De plus, plus les déplacements ont un caractère contraignant (courses, administration, travail), plus l’Indice de Climat Urbain chute. Ainsi, toujours à Poitiers, 64% des femmes qui se déplacent pour des loisirs se sentent sereines contre 23% des femmes qui se déplacent pour faire des courses. Motif de déplacement, éloignement à la ville et expériences urbaines se mêlent donc intimement.

Un dernier critère nous interpelle : l’âge. Si dans toutes les villes enquêtées, les étudiantes (à qui il arrive plus de choses) ont un Indice de Climat Urbain bien meilleur que les femmes de plus de 65 ans, à Poitiers ce rapport s’inverse. Ainsi, 51% des étudiantes se sentent sereines lors de leurs déplacements, contre 76% des ainées qui, traditionnellement, ont un rapport plus incapacitaire et vulnérable à la ville. Si ces chiffres nous interpellent c’est qu’ils indiquent que rien n’est définitivement, essentiellement, gravé dans le marbre en matière de rapport à la ville. Les politiques d’aménagement, de mobilité ainsi que l’action des associations peuvent donc transformer le droit à la ville pour les plus fragiles. Ces enquêtes montrent ainsi l’influence de l’action politique, y compris sur les déplacements de TOUTES les femmes.

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